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Interview Magrela

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Lundi 15 Mars 2010.

Magrela, brésilienne de 24 ans, retrace son parcours et nous livre une vision affutée du graffiti.

Magrela street art a sao paulo


Interview réalisée par Walid Rachedi pour FatCap.


FC: D’où viens-tu Magrela ? Raconte-nous tes débuts.

J’ai grandi à São Paulo, dans le quartier de Vila Madalena. J’ai commencé le graffiti il y a deux ans à l’époque où j’étais encore étudiante en management. Mes parents en étaient très heureux… mais travailler dans une banque ou quelque chose du genre, c’était pas pour moi. Passionnée de dessin, je me  suis réorientée vers un cours d’illustration. Ça n’a duré qu’un temps mais c’est là bas que j’ai rencontré les gens avec qui j’ai  fait mes premiers graffs.


FC: Tu continues de poser avec eux ? Vous avez un crew ?


Oui, parfois. C'est intéressant parce que ce sont des gens qui ont vu évoluer mon travail. Je n’ai pas de crew à proprement parler mais des amis avec qui je fais régulièrement des murs, histoire de mixer nos univers.

 

Magrela

Mur par Magrela, Sola, Nomies, Cabz, Sinhà et Funto

 

FC: En parlant d’univers, comment t’es venue ce personnage devenu ta marque de fabrique? Un lien avec ton blaze (ndlr : « Magrela » signifie maigrichonne en portugais) ?

Magrela, c’est un surnom qui date du collège. Le perso n'est pas directement lié et il a beaucoup évolué dans le temps.


FC: C’est une vision du corps de la femme qu’on n’a pas l’habitude de voir dans le graffiti…

Pas que dans le graffiti, partout ! Au Brésil, il y a une pression sociale très forte autour de l’image du corps de la femme. Beaucoup de gens sont choqués que je le représente comme ça. On me dit : « Pourquoi tu ne peins pas plutôt quelque chose de beau. Toi, tu ne ressembles pas à ça ». Mais, des seins qui tombent, c’est aussi à ça que ressemblent les vraies femmes !

 

 

FC: C’est vrai que ce n’est pas « exactement » un autoportrait (ndlr : Magrela est plus proche de la classe mannequin que de la classe boudin.). D’ailleurs, tu n’as pas de photo de toi sur le Net. Le goût du secret ?

(sourire gênée) Non, comme ça on me juge seulement sur mes peintures. Ça évite les rencontres « intéressées ». La plupart du temps avant de me voir arriver sur le lieu du graffiti, on pense que je suis un garçon.

 

Magrela et sinha

 

Magrela et Sinhà

 

street art sao paulo

 

Magrela et Sinhà

 

FC: Et dans le graffiti, pas trop dur d’être d’une fille justement ?

Non, pas du tout. Il y a toujours beaucoup de respect. Des fois, être une fille, ça peut même être un avantage quand la police débarque ou que tu dois convaincre un voisin un peu récalcitrant de te laisser le mur, par exemple.


FC: Tu t’es jamais sentie jamais en danger ?

Des plans galère parfois mais jamais de gros pépins.

 

Magrela lieu abandonné

 

FC: Même dans les favelas ?

Si tu établis une relation de confiance dès le départ avec les habitants, tout se passe bien. Les gens sont heureux que tu mettes leurs murs en valeur. Il est même déjà arrivé qu’ils me fournissent eux-mêmes la peinture !


FC: Qu’est-ce qui te fais vibrer là dedans ?

Les rencontres, justement. C’est avec le graffiti que j’ai appris à connaître ma ville, du centre jusqu’à la periferia (banlieue).


FC: La periferia, c’est là d’où viennent beaucoup de pixadores. Le pixaçao, vandalisme ou art, d’après toi?

C’est compliquée… De l’autre côté, est-ce que quand tu habites là-bas, tu as beaucoup d’autres moyens de t’exprimer ?


FC: Mais sur le plan purement esthétiquement ?

Esthétiquement, ça cadre tout à fait avec la ville. Sao Paulo, c’est une source d’inspiration sans fin. T’as toujours un mur décrépi qui t’attend quelque part.

 

Magrela

 

Magrela au Paraguay

 

FC: Quels sont tes influences ? Des références ?

Je me tiens informé au maximum. Je lis pas mal et regarde beaucoup de documentaires. Dernièrement, j’en ai vu sur une femme qui vit sur une décharge. C’était fascinant. Côté références, j’aime beaucoup le travail du photographe français Eric Maréchal et beaucoup de ce qui se fait sur la scène graffiti de São Paulo, évidemment. Mais ma première inspiration reste les gens qui vivent à São Paulo, les anonymes.



FC: Graffiti/street art, tu vois une différence ?

Faire un graffiti, c’est prendre un risque, c’est transgresser, contester. Quand j’entends dire street art, je ne sais pas s’il y a cet esprit là. Moi-même, je demande souvent l’autorisation, est-ce que c’est encore du graffiti ? (sourire)

 


FC: Qu’est-ce que tu penses du récent engouement autour du graffiti/street art ?

FC: Évidemment, qu’on reconnaisse le talent, c’est super mais quand tu vois l'exploitation commerciale qu'en font certains, j’ai plutôt l’impression que ça tire la discipline vers le bas. Qu’en sera-t-il une fois le phénomène de mode passé ?

 

Sinhà et magrela

 

Magrela

 

FC: Tu te verrais comme « Os Gêmeos », faire une expo dans un musée ?

Ce qu’Os Gemeos ont fait au FAAP, réussi à créer un univers à part à l’intérieur même du musée, c’est vraiment extraordinaire. Si ça permet d’élargir les horizons de certains et d’ouvrir des portes aux autres, tant mieux ! Mais pour moi, le graffiti, c’est dans la rue que ça doit se passer et c’est là où j’ai envie d’être.

 

 

FC: Un projet dans un futur proche ?

Un long mur dans une immense déchetterie à la sortie de la ville. On attend les autorisations.

 

FC: Où tu te vois dans cinq ans ? Tentée par l’étranger ?

Déjà m’imposer dans ma ville. Et ensuite, on verra. Un tour en France me tenterait bien. Je veux voir l’autre Paris, pas celui des cartes postales (sourire).

 

FC: Un leitomitiv ? Un mot pour nos lecteurs ?

"Dans la vie, tout n’est qu’une question d’entrainement".

 

Magrela sur FatCap

 

Magrela sur Flickr

Le blog de Walid


Le graffiti brésilien au musée par Walid

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